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🌿Habitat durable 31 mai 2026 · 10 min de lecture

Agrivoltaïsme en Suisse : cultiver et produire de l'électricité

L'agrivoltaïsme en Suisse permet de cultiver et produire de l'électricité solaire sur les mêmes parcelles. Types, rendements, cultures et projets pilotes.

Panneaux solaires agrivoltaïques au-dessus de cultures dans une exploitation suisse

L’agrivoltaïsme en Suisse : cultiver et produire de l’électricité

L’agrivoltaïsme désigne l’usage simultané d’une même parcelle pour la production agricole et la production d’électricité solaire. Concrètement, des panneaux photovoltaïques surélevés ou verticaux cohabitent avec des cultures, des vergers ou des pâturages. En Suisse, où la surface agricole utile représente environ un quart du territoire mais reste sous pression foncière, l’agrivoltaïsme apparaît comme une réponse pragmatique au dilemme « énergie ou alimentation » : il propose de faire les deux sur le même sol.

Cette double valorisation intéresse autant les agriculteurs en quête de revenus complémentaires que les autorités cantonales et l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), qui cherchent à accélérer le déploiement solaire sans artificialiser de nouvelles terres. Voyons comment cette technologie fonctionne, ce qu’elle rapporte réellement et où en est la Suisse.

Le principe repose sur un partage intelligent de la lumière. Les panneaux captent une partie du rayonnement pour produire de l'électricité, tandis que la culture située en dessous reçoit la fraction restante, souvent suffisante pour de nombreuses espèces. Bien dimensionné, un projet agrivoltaïque vise un équilibre où ni le rendement agricole ni le rendement électrique ne s'effondrent. C'est cet équilibre, et non la simple juxtaposition de panneaux sur un champ, qui distingue le véritable agrivoltaïsme d'une centrale solaire au sol classique.
agrivoltaïsme

Qu’est-ce que l’agrivoltaïsme exactement ?

L’agrivoltaïsme est un système dans lequel l’installation photovoltaïque est conçue pour rester compatible avec une activité agricole maintenue, et non l’inverse. La priorité reste la production de nourriture ; l’électricité est un service rendu en complément. C’est la différence fondamentale avec une centrale solaire posée sur une prairie, où l’agriculture disparaît.

Plusieurs configurations techniques existent, chacune adaptée à un type de culture et à un objectif différent. Le choix dépend de la hauteur de passage des machines, des besoins en lumière des plantes et du climat local.

Type d’agrivoltaïsmeDescriptionCultures adaptées
Panneaux surélevés (canopée)Structures hautes de 4 à 5 m laissant passer les engins agricolesGrandes cultures, vergers, vigne
Panneaux verticaux bifaciauxRangées verticales orientées est-ouest, captant des deux côtésPrairies, pâturages, céréales
Ombrières basses pilotablesPanneaux orientables protégeant les cultures sensiblesFruits rouges, maraîchage, arboriculture
Serres photovoltaïquesToiture solaire sur structure de serreLégumes sous abri, plantes ornementales

Cette diversité explique pourquoi l’agrivoltaïsme ne se résume pas à une seule recette. Une exploitation viticole valaisanne et un élevage laitier de l’Emmental n’auront pas du tout les mêmes installations.

Au-delà de la production électrique, les panneaux jouent un rôle de protection climatique pour les cultures. Ils limitent le stress hydrique en réduisant l'évaporation, atténuent les coups de chaleur estivaux et protègent certaines plantes de la grêle ou du gel tardif. Des études agronomiques européennes montrent que, lors d'étés caniculaires, l'ombrage partiel des panneaux peut maintenir voire améliorer le rendement de cultures sensibles comme la salade ou certains fruits, alors qu'elles souffriraient en plein soleil. C'est un argument de plus en plus pertinent dans un contexte de réchauffement climatique en Suisse.
agrivoltaïsme — illustration

Pourquoi l’agrivoltaïsme intéresse-t-il la Suisse ?

La Suisse s’est fixé des objectifs ambitieux dans le cadre de sa Stratégie énergétique 2050, avec un développement massif du photovoltaïque pour remplacer progressivement le nucléaire et réduire les importations d’électricité hivernale. Selon l’OFEN, le solaire doit fournir plusieurs dizaines de térawattheures à terme, ce qui suppose des surfaces considérables.

Or le pays manque d’espace. Les toitures restent la priorité, mais elles ne suffiront pas à elles seules. L’agrivoltaïsme offre une voie pour mobiliser des surfaces déjà exploitées sans les soustraire à l’agriculture. C’est aussi une réponse aux tensions suscitées par les grands projets solaires alpins, parfois contestés pour leur impact paysager.

Pour l’agriculteur, l’intérêt est concret :

  • Revenu complémentaire stable issu de la vente d’électricité ou de l’autoconsommation
  • Diversification face aux aléas des prix agricoles et du climat
  • Protection des cultures contre les extrêmes météorologiques
  • Économie d’eau grâce à la réduction de l’évapotranspiration

Avant d’investir, beaucoup d’exploitations comparent d’ailleurs cette option avec une installation classique sur les bâtiments de la ferme. Pour ceux qui souhaitent d’abord équiper leurs toits, notre guide sur les panneaux solaires pour la maison détaille les étapes essentielles.

Quels rendements attendre, côté électricité et côté récolte ?

La performance d’un projet agrivoltaïque se mesure par un indicateur clé : le ratio d’efficience d’utilisation des terres (LER, Land Equivalent Ratio). Un LER supérieur à 1 signifie que la parcelle produit globalement plus (énergie + nourriture) qu’en usage séparé. De nombreux projets pilotes affichent des LER compris entre 1,3 et 1,7, ce qui démontre une réelle synergie.

Côté électricité, une installation agrivoltaïque produit généralement entre 0,4 et 0,7 MWc par hectare selon la densité des panneaux, contre environ 1 MWc/ha pour une centrale au sol dense. La production est plus faible parce que l’espacement laisse passer la lumière vers les cultures.

Côté agronomique, le maintien du rendement dépend fortement de l’espèce. Les données issues de projets pilotes européens donnent des ordres de grandeur utiles.

CultureEffet de l’ombrage partielRendement agricole maintenu
Prairies / fourrageFaible impact, parfois positif en été sec90–100 %
VigneProtection contre coups de chaleur85–100 %
Fruits rougesProtection grêle et gel, qualité préservée90–105 %
Céréales (blé)Sensible à la réduction de lumière75–90 %
Maraîchage feuilluBonne tolérance à l’ombre légère85–100 %

Ces chiffres confirment qu’il n’existe pas de réponse unique : un projet bien conçu sélectionne des cultures tolérantes à l’ombre et une densité de panneaux adaptée. Le surcoût d’installation, lié aux structures surélevées, reste plus élevé qu’un parc au sol, mais il est compensé par la valeur agricole conservée.

L'électricité produite peut être consommée directement sur l'exploitation pour alimenter la traite, le refroidissement du lait, l'irrigation ou les bornes de recharge des engins électriques. Ce modèle de consommation locale est particulièrement avantageux économiquement. Pour bien comprendre comment maximiser la part d'électricité utilisée sur place plutôt que réinjectée au réseau, notre article sur [l'autoconsommation solaire en Suisse](https://energiepleinair.ch/blog/autoconsommation-solaire-suisse/) explique les mécanismes de rentabilité applicables aussi bien à une maison qu'à une ferme.
agrivoltaïsme — détail

Où en sont les projets pilotes en Suisse ?

La Suisse avance prudemment mais concrètement. Plusieurs projets pilotes ont été lancés ces dernières années, soutenus par l’OFEN, Agroscope et des hautes écoles comme la ZHAW. Des essais portent notamment sur la vigne en Valais et en Suisse romande, sur les cultures de fruits sous panneaux pilotables, ainsi que sur des installations verticales bifaciales en zone de grandes cultures.

Agroscope, le centre fédéral de compétences pour la recherche agricole, étudie en particulier l’effet du microclimat créé par les panneaux sur la qualité des récoltes et la consommation d’eau. Ces travaux sont essentiels car le cadre réglementaire suisse exige que l’usage agricole reste prépondérant : une installation qui ferait chuter la production alimentaire ne serait pas considérée comme de l’agrivoltaïsme et perdrait son statut foncier agricole.

Le déploiement à grande échelle dépendra de trois facteurs :

  1. La clarification réglementaire sur le statut des terres et les autorisations de construire hors zone à bâtir
  2. Le niveau de soutien financier, via les rétributions et subventions fédérales
  3. La rentabilité démontrée par les pilotes en conditions réelles suisses

Sur le plan financier, les exploitations peuvent s’appuyer sur les dispositifs d’encouragement existants. Notre guide des subventions énergies renouvelables 2026 recense les aides mobilisables, certaines étant cumulables avec les paiements directs agricoles.

Agrivoltaïsme et habitat durable : une vision systémique

L’agrivoltaïsme ne se limite pas aux grandes exploitations. Il s’inscrit dans une logique d’habitat durable où chaque surface remplit plusieurs fonctions. Un jardin nourricier, une toiture productive, une parcelle qui génère à la fois de la nourriture et de l’énergie : c’est la même philosophie de sobriété foncière appliquée à différentes échelles.

Pour les particuliers disposant d’un terrain, des micro-installations agrivoltaïques sur ombrière de potager ou sur serre commencent à émerger. Cette approche rejoint les principes de la permaculture et jardin écologique, qui valorisent la complémentarité entre les éléments d’un système plutôt que leur séparation.

L’agrivoltaïsme bien conçu ne choisit pas entre nourrir et produire de l’énergie : il fait les deux sur la même surface, avec un rendement combiné supérieur à l’usage séparé.

Cette logique de multifonctionnalité se retrouve aussi dans d’autres solutions d’habitat. Les surfaces bâties peuvent elles aussi cumuler les bénéfices, comme le montre notre dossier sur la toiture végétalisée et ses avantages, qui combine isolation, biodiversité et gestion des eaux de pluie.

Le principal frein reste aujourd'hui le coût d'investissement initial et la complexité administrative pour construire hors zone à bâtir. Mais la dynamique est lancée : à mesure que les pilotes suisses livrent leurs résultats et que le cadre légal se précise, l'agrivoltaïsme devrait passer du stade expérimental à un déploiement mesuré. Pour un agriculteur, la clé est de raisonner projet sur le long terme, en intégrant la durée de vie de 25 à 30 ans des panneaux et l'évolution probable des prix de l'électricité.
agrivoltaïsme — exemple

Comment se lancer dans un projet agrivoltaïque ?

Pour une exploitation intéressée, la démarche suit quelques étapes structurantes. D’abord, réaliser une étude de faisabilité analysant l’ensoleillement, les cultures en place et la compatibilité des engins. Ensuite, choisir la configuration technique adaptée : surélevée, verticale ou pilotable selon les besoins en lumière.

Vient ensuite l’étude réglementaire, souvent l’étape la plus délicate en Suisse compte tenu des règles d’aménagement du territoire. Il est recommandé de se rapprocher tôt du service cantonal de l’agriculture et de l’énergie. Enfin, le montage financier combine fonds propres, financement bancaire et subventions, avec un plan d’affaires sur 20 à 25 ans.

Les points de vigilance essentiels sont les suivants :

  • Privilégier des cultures tolérantes à l’ombre pour préserver le rendement
  • Dimensionner la densité de panneaux selon l’objectif agricole prioritaire
  • Vérifier la compatibilité des structures avec la mécanisation existante
  • Sécuriser le statut foncier agricole de la parcelle en amont

Conclusion : une solution d’avenir pour la Suisse

L’agrivoltaïsme réconcilie deux impératifs longtemps perçus comme concurrents : produire de la nourriture et produire de l’électricité renouvelable. En Suisse, où le foncier est rare et les objectifs solaires élevés, cette double valorisation des terres représente un levier crédible, à condition de respecter la priorité agricole et de choisir des configurations adaptées.

Les projets pilotes soutenus par l’OFEN et Agroscope tracent déjà la voie, et les premiers résultats sont encourageants, notamment pour la vigne et les cultures sensibles à la chaleur. À mesure que le cadre réglementaire se clarifie et que les coûts baissent, l’agrivoltaïsme a toutes les chances de devenir une composante durable du paysage énergétique et agricole suisse.

Vous envisagez un projet solaire pour votre exploitation, votre maison ou votre terrain ? Explorez nos guides pratiques sur l’énergie solaire et l’habitat durable, et contactez un installateur certifié pour une étude personnalisée adaptée à votre situation et à votre canton.

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